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Un récent article du magazine American Scientist laissait entendre que les plantes et les animaux se portaient bien mieux dans la zone d’exclusion que leurs congénères vivant à l’extérieur de ce cercle d’une trentaine de kilomètres de rayon qui a été sanctuarisé suite à l’explosion du réacteur nucléaire n°4 de Tchernobyl en avril 1986 .
L’un des auteurs, Robert Baker de la Texas Tech University, y affirmait ainsi que la faune et la flore avaient bénéficié davantage de l’absence d’activité humaine qu’elles n’avaient souffert des radiations.
« On peut soutenir que le plus grave accident de l’histoire provoqué par une centrale nucléaire n’est pas aussi destructeur pour la vie sauvage que les activités humaines ordinaires, » écrivait-il, évoquant l’absence d’agriculture, d’élevage, de chasse et d’exploitation forestière.
L’argument, qui a l’attrait du paradoxe, peut être repris tant par les défenseurs du nucléaire (qui y voient la faible dangerosité des radiations) que comme une illustration de l’empreinte écologique abusive de l’homme (qui fait, tous les jours, pire que la pire des catastrophes).
Un article de BBC News du 14/08/07 apporte, à ce sujet, un éclairage différent.
Il évoque les résultats d’une étude parue dans Biology Letters sous la signature de Anders Moller de l’université Pierre and Marie Curie, France, et de Timothy Mousseau de l’université de Caroline du Sud, USA.
Dans le cadre de leurs travaux, qui ont porté sur 1570 oiseaux de 57 espèces différentes dans un rayon de 50 kilomètres autour du lieu de l’accident, les deux chercheurs ont constaté que la richesse des espèces, l’abondance des individus et la densité des reproducteurs décroissaient avec l’augmentation des niveaux d’irradiation.
Ils ont établi que le nombre d’oiseaux dans les zones les plus contaminées était de 66% inférieur à ce qu’il est dans les zones ayant un niveau de radiation normal.
Allant, plus encore dans le détail, ils ont observé que les oiseaux qui ont des plumages plus brillants, ceux qui pondent les plus gros oeufs et ceux qui font les plus grandes migrations, souffrent davantage des radiations.
Ils font l’hypothèse que ces caractéristiques mobilisent de plus grandes quantités de molécules antioxydantes qui protègent les cellules de l’oiseau. Il en reste donc moins pour assurer un fonctionnement optimal au système immunitaire. Et ces individus, normalement plus performants, se révèlent alors plus sensibles même à une irradiation faible.
« Il est vrai que la région de Tchernobyl donne l’impression d’un éco-système plein de vitalité, car il est protégé des activités humaines, » reconnaît le Professeur Mousseau. « Cependant, quand on réalise des études écologiques rigoureuses, ce qu’on constate, c’est la signature très claire des effets négatifs de la contamination sur la diversité et la quantité des organismes. »