Avant l’explosion de la bombe hydrique

lundi 26 février 2007.par Alain Richard
 
Pour que l’eau demeure un bien commun public, création de l’Assemblée Mondiale des Elus et des Citoyens pour l’Eau.

Les Carnets du Diplo [1] publient sous le titre "Le scandale mondial de l’eau" un article de Riccardo Petrella, fondateur du Comité International pour le Contrat Mondial de l’Eau.

L’auteur y parle de la "bombe hydrique", consistant à ce que « des milliards d’êtres humains meurent par manque d’eau potable, alors que des entreprises privées, notamment françaises, les premières au monde dans le domaine de l’eau, réalisent des milliards d’euros de profit en vendant l’eau potable. Tel est le scandale mondial de l’eau. » et appelle à "une refondation démocratique", à savoir « re-constituer le lien entre les institutions, notamment démocratiques représentatives, et les citoyens, lien qui a été rompu au cours des trente dernières années. »

« Si des changements radicaux n’interviennent pas dans les choix politiques économiques et sociaux actuels, la bombe hydrique provoquera de terribles dévastations humaines, pas seulement dans les régions habitées par les pauvres du monde. »

Pour Riccardo Petrella, ces changements passent par de nouveaux rapports entre les citoyens et les institutions qui les représentent et qui « doivent se renouveler ».

C’est pourquoi l’Assemblée mondiale des élus et des citoyens pour l’eau (AMECE) tiendra ses assises fondatrices au Parlement européen à Bruxelles, du 18 au 20 mars 2007, à l’initiative d’une quarantaine d’ONG ou de mouvement. L’AMECE est structurée autour de cinq catégories d’acteurs : les parlementaires, les maires et représentants des collectivités locales, les entreprises publiques de l’eau, les syndicats, la société civile. Six cent à huit cent participants venus du monde entier sont attendus.

L’AMECE se fixe comme perspective le lancement d’un Plan d’engagements 2007-2010 pour le droit à la vie pour tous, ici et maintenant. « Les 3 milliards de personnes qui aujourd’hui sont pauvres et ont soif ne peuvent pas attendre 2025-2030. On ne peut pas non plus accepter qu’ils deviennent 5 milliards en 2040, et plus de 6 milliards en 2060. »

L’assemblée prône l’adoption, aux niveaux communal, provincial, régional, national, continental et international, du statut de l’eau en tant que bien commun public et, par conséquence, l’engagement en faveur de l’exclusion de l’eau des nouvelles négociations de l’OMC.

Pour qu’existe le droit universel à l’eau, l’ AMECE appelle à un renforcement de la démocratie participative. « L’eau est devenue ces dernières années le terrain politique d’affrontement entre une vision antagoniste et oligarchique de la société et du monde, et une vision coopérative et juste. La prédominance actuelle de la première vision se traduit effectivement par le refus brutal de la vie pour tous et la prédation des biens communs. »

Aussi, les organisateurs comptent que la rencontre à Bruxelles des parlementaires, des maires et administrateurs locaux, des syndicats, des entreprises publiques et des mouvements sociaux, dans la perspective de l’élaboration d’un parcours commun d’actions visant à bloquer les processus de marchandisation et de privatisation de l’eau, permettra l’émergence d’alternatives concrètes élaborées démocratiquement.

[1] Nous signalons également la création d’un nouveau blog sur le site internet du Monde Diplomatique : "Carnet d’eau", confié à Marc Laimé, journaliste, collaborateur régulier du journal, auteur d’ouvrages critiques sur les politiques de l’eau et animateur de l’excellent site spécialisé "Les eaux glacées du calcul égoïste" que nous avions déjà mentionné sur Citron Vert.

« L’eau se situe à la convergence d’enjeux multidimensionnels : économiques, sociaux, territoriaux, environnementaux, indissociables et qui font système. Ressource précieuse, de plus en plus menacée, sa gestion suscite, du local au global, un foisonnement de questionnements et de combats, dont l’issue engage l’avenir de tous les habitants de la planète. Partout, usagers et citoyens se mobilisent afin que l’eau ne devienne pas une marchandise, mais demeure un bien commun, au fondement d’un développement soutenable et équitable de nos sociétés. Dans le monde comme en France les politiques publiques témoignent aujourd’hui de mutations considérables et dessinent les « nouvelles frontières » de la gestion de l’eau. »

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