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En janvier dernier une enquête fracassante d’ UFC-Que Choisir dénonçait les marges bénéficiaires colossales que réaliseraient les trois grands groupes privés de distribution de l’eau français ; l’étude portait sur trente et une villes et relatait les prix "abusifs" pratiqués dans les grandes agglomérations, avec des taux de marge nette sur chiffre d’affaires oscillant entre 26 et 42%.
Dès lors, on pouvait penser que ces profits étaient suffisant pour permettre aux grands fermiers de l’eau de mettre en œuvre les objectifs de qualité qui leur sont impartis. Et bien non ! Il faudra encore « aider les acteurs de l’eau à atteindre l’objectif de bon état des eaux fixé par la directive cadre sur l’eau, à préserver la santé et l’environnement, à gérer la rareté de la ressource en eau ».
Pour preuve, la réunion le 1er décembre 2006 à Orléans en présence de Nelly Olin, ministre de l’écologie et du développement durable, du Comité de bassin Loire-Bretagne présidé par Ambroise Guellec, ancien ministre et député européen, qui a adopté le 9ème programme de l’agence de l’eau pour les années 2007 à 2012.
« L’Agence de l’eau Loire-Bretagne [1] va consacrer deux milliards d’euros pour améliorer la qualité de l’eau entre 2007 et 2012, conformément aux exigences de l’Union européenne, a-t-elle annoncé vendredi. Il s’agit "d’aider les acteurs de l’eau à relever le défi du bon état des eaux en 2015", comme le demande l’UE, a expliqué Ambroise Guellec. L’augmentation des crédits va être financée par une hausse de 29% du montant global de la redevance, qui devrait entraîner une surprime de l’ordre de 5% sur la facture d’eau des ménages, et par un emprunt de 82 millions d’euros. ». (source AFP)
« Les "inventeurs" des Agences de l’eau doivent s’arracher les cheveux. Depuis leur création en 1966 les Agences n’avaient jamais recouru à l’emprunt... On peut s’interroger sur l’ingénierie financière de l’opération. L’Agence va emprunter aux taux du marché, avant de redistribuer des subventions ou des avances remboursables. Nul besoin d’être grand clerc pour augurer d’une situation financière tendue... » comme le souligne Marc Laimé [2] dans son (recommandé) blog sur l’eau.
Contrairement à Nelly Olin (qui s’est félicitée des "efforts déployés par l’agence en matière de maîtrise des dépenses"), les associations de consommateurs UFC-Que Choisir, Consommation logement et cadre de vie (CLCV), Familles rurales et l’Union nationale des associations familiales (Unaf) déplorent quant à elles « L’agence continue de mettre en oeuvre le principe pollué-payeur ...La redevance est supportée à 80% par les consommateurs alors que les agriculteurs, qui acquittent 6% des redevances, sont responsables de 90% de la pollution par les pesticides et des trois quarts de la pollution par les nitrates. »
C’est pourquoi, les quatre associations avaient annoncé en chœur dans un point presse le jeudi 30 novembre qu’elles ne voteraient pas le 9ème Programme Pluriannuel d’Intervention (PPI) au motif que « L’agence de l’eau s’est écartée de sa vocation première qui consistait à accorder des aides pour le changement des pratiques polluantes et à mettre en place des redevances qui incitent à modifier les comportements. »
Et de poursuivre « La grande majorité des élus de l’agence, qui représentent les syndicats d’eau, l’industrie ou l’agriculture, a préféré transformer cette institution en une banque qui finance la gestion de la pollution et de la rareté de l’eau. Les consommateurs, qui ont vu leur facture doubler en 15 ans, n’acceptent plus d’être les vaches à lait de cette banque au service d’intérêts catégoriels. »
Sachant que d’autres Comités de bassin enregistrent également des mouvements de grogne croissants, tant d’élus que de représentants d’usagers [3], l’examen du projet de loi sur l’eau en seconde lecture par l’Assemblée nationale les lundi 11, mardi 12 et mercredi 13 décembre prochains s’annonce agité ...
On peut également prévoir qu’à l’occasion des prochaines échéances électorales, et notamment des municipales en 2008, les politiques de l’eau et de l’assainissement, comme celles des déchets, fassent figure de dossiers très sensibles, tant pour ce qui concerne les comptes-rendus de mandats des équipes sortantes que des engagements des postulants pour la prochaine mandature.
[1] Le bassin Loire-Bretagne couvre 28% du territoire français depuis les sources de la Loire et de l’Allier jusqu’à la pointe du Finistère, soit 7.500 communes et douze millions d’habitants.
[2] Marc Laimé est journaliste spécialisé et conseil sur les politiques publiques de l’eau auprès de collectivités locales.
[3] voir par exemple l’article de Localtis.info