Le sommet ONUSIDA 2006 est achevé

lundi 5 juin 2006.par Gilles Pradeau
 
La déclaration finale reconnaît que 20 à 23 milliards de dollars sont nécessaires chaque année pour lutter contre la pandémie dans les pays en développement, ainsi que de mener une politique efficace envers les groupes "vulnérables", tels les migrants, les prostitué(e)s ou encore les toxicomanes.

Parmi les problèmes évoqués lors du dernier sommet ONUSIDA, Citron Vert l’indiquait il y a quelques jours, la référence dans la déclaration finale aux groupes vulnérables ou "à risque" faisait débat, avec le refus de certains pays comme par exemple les Etats-Unis : Kofi Annan avait notamment indiqué qu’il fallait « être réaliste ». C’est sur ce domaine un échec puisqu’aucune mention directe n’y est faite.

Les ONG ne sont pas tout à fait satisfaites : « Nous sommes furieux », a déclaré Aditi Sharma de l’ONG ActionAid International. Elle a reproché au texte de ne faire aucune mention explicite « des toxicomanes utilisant des seringues, des prostitué(e)s et des hommes homosexuels », groupes particulièrement exposés au virus du sida.

Le texte mentionne la nécessité de protéger les « groupes vulnérables » mais sans spécifier lesquels.

Jan Eliasson, le président de l’assemblée de l’ONU, a pu cependant déclaré samedi : « Je crois que nous sommes parvenus à un bon texte, substantiel et solide. Il y a toujours des choses que l’on aimerait rajouter, mais nous avons déjà une réaffirmation de la Déclaration de 2001 et l’engagement de faire en sorte que tous ces objectifs soient réalisés ».

La déclaration contient certaines références à la féminisation de l’épidémie, aussi bien dans l’importance de l’éducation des jeunes et sur leur besoin propre pour les traitements ; de plus, les femmes sont appelées à être mieux protégées. Par contre, si un objectif financier a bel et bien été indiqué (plus de 20 milliards de dollars contre 8,3 milliards en 2005), aucune proposition financière concrète a été faite.

D’autres propositions

La Déclaration encourage par ailleurs l’accroissement des moyens de l’ONUSIDA pour favoriser l’accès universel aux traitements, mais aussi aux programmes de soins et d’assistance. En marge du sommet, il y a aussi eu l’initiative d’UNITAID, la taxe Chirac sur les billets d’avion.

Elle rappelle l’accord « TRIPS » : les dispositions en matière de protection de la propriété intellectuelle ne doivent pas entraverles efforts de protection de la santé publique (production pour tous de médicaments antirétroviraux génériques).

"Ici aux Etats-Unis, le 27 juin est déclaré journée nationale de dépistage du VIH", a déclaré notamment Laura Bush qui est intervenue devant l’assemblée de l’ONU, "les Etats-Unis vont bientôt proposer une journée internationale de dépistage du VIH."

Par ailleurs, devant l’assemblée, le thème de la transmission mère-enfant a été plusieurs fois évoqué : de manière dérisoire, 4 dollars sont nécessaires pour empêcher la transmission du VIH de la mère à l’enfant. Les dirigeants du monde avaient promis en 2001 de soigner 80% des mères infectées mais c’est seulement 9% ont bénéficié de cet aide.

On aussi rappelé le principe des « three ones  » des politiques de prévention : un cadre d’action, une autorité nationale qui coordonne, et un système d’évaluation.

A propos de l’abstinence, Hilary Benn, le secrétaire d’État pour le développement international du Royaume-Uni, a déclaré que "c’est bien pour ceux qui sont en mesure de la pratiquer, mais la vérité c’est que biologiquement les êtres humains aiment avoir des relations sexuelles et que l’on ne doit pas mourir par ce que l’on aime en avoir."

La ministre de la coopération pour le développement du Danemark a rappelé que son pays faisait partie d’un club élitiste de 5 pays seulement qui honorent leurs promesses dans leur part du PIB consacré à l’aide au développement.

Les Etats-Unis sont arrivés en tête des donneurs (27,5 milliards de dollars, 0,22% du RNB), devant le Japon (13,1 milliards, 0,28%), la Grande-Bretagne (10,75 milliards, 0,48%), la France (10,06 milliards, 0,47%) et l’Allemagne (9,9 milliards, 0,35% du RNB).

Les seuls pays à avoir dépassé 0,7% du RNB sont en fait le Danemark (2,1 milliards de dollars, 0,81%), le Luxembourg (264 millions, 0,87%), la Norvège (2,8 milliards, 0,93%), les Pays-Bas (5,1 milliards, 0,82%) et la Suède (3,3 milliards, 0,92%).

En août 2006, le Canada sera l’hôte du XVIe Congrès international sur le sida qui se tiendra à Toronto. La conférence est courtoisement intitulée « Passons aux actes ».

Pour en savoir plus :

La campagne UNITAID

Un article à l’aide au développement dans Le Monde diplomatique

Le rapport de l’ONUSIDA

Le numéro d’Afrique Renouveau (février 2006) consacré à la lutte contre le SIDA

Une vidéo de Médecins sans Frontières sur les enfants en Afrique subsaharienne

Un dossier photo par l’agence Magnum

Sur Citron-Vert :

ONUSIDA : Plus de préservatifs, un peu moins d’infections dans le monde

SIDA : les chiffres 2005

Kofi Annan : "Dans le domaine de la santé, nous devons arrêter de faire l’équivalent de ce que serait le maintien de la paix sans la consolidation de la paix"

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