Tchernobyl : l’avenir toujours radieux-actif ?

vendredi 21 avril 2006.par Gilles Pradeau
 
Le 26 avril 1986 se produisait l’accident de Tchernobyl. 20 après paraissent en cascade des livres sur cet évènement qui aurait dû davantage bouleverser le rapport de la France avec sa source d’énergie principale. Retour sur un scandale.

Les libraires ont déjà anticipé : depuis quelques jours figurent en bonne place quelques bouquins sur le domaine, certains spécialement réédités pour l’occasion, les maisons d’édition ont visiblement fleuré le filon d’une tragégie qui aura démontré toute la transparence de la France quant au nucléaire, qui avait gardé secrets certains relevés durant les semaines à venir tandis que d’autres pays prenaient des mesures prophylactiques.

La bataille des chiffres fait toujours rage : le dernier rapport de l’OMS estime le nombre de décès découlant de Tchernobyl à un peu plus de 9000 (dont 4000 à venir) en se basant sur des modèles de prédiction issus des séquelles faites à Hiroshima, tandis que le dernier rapport de Greenpeace penche pour 10 fois plus de morts à venir provoqués par le nuage (200 000 décès déjà, et 270 000 cancers à venir dont un tiers serait donc mortel). Le rapport présenté par le Parti Vert Européen (PVE) indique lui aussi un bilan nettement plus important sur le plan sanitaire et environnemental : entre 30000 et 60000 décès dûs à des cancers ont déjà eu lieu.

Pourtant, la vérité sur le drame fera toujours débat. En effet, on retrouve un peu le même argument de la multiplicité des causes concernant le décès qu’on peut avoir sur d’autres sujets comme le portable ou le tabac : l’effet d’une variable s’ajoutant à un autre, il devient difficile de faire de la part des choses. D’autre part, cette multiplicité fait que certains décès ne sont pas comptabilisés comme relevant des causes directes ou indirectes sur le long terme de la catastrophe. Ainsi, quel que soit le point adopté, il ne s’agira jamais de faits mais d’estimations. Ces précautions sont soulignées par le rapport présenté par les Verts européens. Le rapport rappelle aussi que l’OMS souligne à quel point les estimations peuvent être biaisées, d’autant plus qu’il n’y aucun groupe témoin, alors que la population locale est déjà soumise à des risques de cancer, à cause de l’alcoolisme et du tabac.

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Cette carte, issue du rapport des Verts Européens, indique bien que les retombées du nuage vont bien au-delà des trois pays pris en compte par l’OMS, à savoir la Biélorussie, la Russie et l’Ukraine. C’est un biais évident qui a une influence sur les morts pris en compte et c’est pourquoi le porte-parole de l’OMS, Gregory Hartl, a déclaré que comparer les rapports de l’OMS avec celui de Greenpeace (mais celui du PVE suit le même principe), c’était comparer "des pommes avec des oranges".

C’est un ancien conseiller en radioprotection du gouvernement britannique, Ian Fairlie, qui a été commandité pour le rapport du PVE. Il met donc en relief la moitié du territoire européen touché par les différentes particules retombées après les vents provenant de Tchernobyl.

Après l’accident, 116 000 personnes ont été évacuées de la zone contaminée quelques jours après et environ 230 000 personnes les années suivantes. Pourtant, plus de 5 millions de personnes vivent encore aujourd’hui dans des zones contaminées, souligne cependant l’OMS. Il faut aussi savoir que, pourtant loin de l’Ukraine, certaines zones en Allemagne, en Autriche, en Italie, en Pologne, en Lituanie, en Scandinavie mais encore le nord du pays de Galles (374 fermes, 200 000 moutons et combien de champignons) ont gardé des restrictions concernant la cueillette ou l’élevage.

Au final, des cancers de la thyroïde, leucémies, et autres cancers mais encore maladies cardio-vasculaires, mutations chromosomiques anormales chez les descendants sont relevés et pointés par le rapport du PVE sans compter les nombreux troubles psychologiques.

Plusieurs choses restent réjouissantes : Peter Boyle, le Directeur du Centre international de Recherche sur le Cancer (qui a dirigé le groupe de travail de l’OMS) rappelle que «  pour mettre ces résultats en perspective, le nombre de cancers liés au tabac dans la même population sera plusieurs milliers de fois plus élevé  ».

- A écouter sur le site d’Arte Radio, un reportage sur Tchernobyl, ses malades et le combat de la CRIIRAD

- Un diaporama réalisé avec l’agence Magnum

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