Loin de Ceuta et de Melilla...

dimanche 16 octobre 2005.par Philippe Ladame
 
Migrations africaines : tentation policière ou solution solidaire.

« Dans un autre siècle, la ville de Melilla, minuscule grain d’Espagne posé à l’extrême nord du Maroc, comptait 65 000 habitants et un seul centre de rétention, baptisé La Grania, où patientaient quelque 250 candidats à l’exil. »

Ainsi commence l’article que Catherine Simon consacre, dans Le Monde du 15/10/05, à la question de la pression migratoire mise en lumière par le drame de Ceuta et Melilla.

Si l’événement fait la une, la tentative massive d’émigrer en Europe n’est pas nouvelle. Le détroit de Gibraltar est depuis longtemps « l’un des plus grands cimetières du monde » du fait des tentatives, périlleuses, de traversée. Et ce n’est qu’un des canaux de l’émigration clandestine (la plus grande partie s’effectuant par les ports et les aéroports). Aux morts sur les barrières, s’ajoutent depuis longtemps les noyés de Gibraltar et les affamés des déserts, ces émigrants arrêtés et refoulés par camions jusqu’à des no man’s land désertiques.

Le phénomène nouveau, c’est que cette émigration, longtemps très majoritairement le fait de Maghrébins, provient maintenant surtout de l’Afrique noire. En 2003, "pour la première fois", relève Mohamed Khachani, docteur en économie et président de l’Association marocaine d’études et de recherches sur les migrations (Amerm), le nombre de migrants subsahariens arrêtés alors qu’ils tentaient de passer du Maroc en Espagne "a dépassé celui des nationaux".

Ces vagues migratoires venus de l’Afrique noire s’expliquent naturellement par les drames vécus par ces pays, sécheresses, famines, guerres. « Longtemps terre d’immigration, la Côte d’Ivoire est devenue depuis septembre 2002 un pays que l’on fuit, » explique Catherine Simon. « Les populations de la Sierra Leone et du Liberia, martyrisées par des années de terreur, comme les ouvriers agricoles et les commerçants du Burkina Faso, de Guinée, du Mali ou du Ghana, qui avaient trouvé en Côte d’Ivoire paix et travail, doivent chercher leur salut ailleurs. Depuis la fin 2002, le conflit ivoirien a jeté sur les routes près de 4 millions de déplacés (à l’intérieur ou à l’extérieur du pays), tandis que l’escalade militaire qu’a connue le Liberia en juillet 2003 en a produit plus de 3 autres millions. »

Confrontés à cette pression, les pays de l’Union Européenne, tente de faire jouer aux pays du Maghreb le rôle de tampons. "Alors que la responsabilité de ces drames incombe en premier lieu à l’Union européenne, celle-ci demande au Maroc, espace de transit, de faire le sale boulot en l’acculant à accepter le rapatriement des migrants !" , s’indigne le professeur Mohamed Khachani.

Il est de ceux qui comme Mehdi Lahlou appellent de leurs voeux un « partenariat économique et de développement, seul en mesure de réduire les pressions migratoires dans un continent bientôt peuplé de plus d’un milliard de personnes. » Mais malgré les promesses faites ces jours-ci par Madrid et Rabat, les pays de l’Union ne semblent pas pressés d’aller dans ce sens pour régler le problème en amont.

Leurs dirigeants semblent plus enclins, à l’instar de Nicolas Sarkozy et de Silvio Berlusconi qui viennent de rendre visite au colonel Kadhafi, à se contenter d’encourager les pays du Maghreb à jouer, de manière toujours plus massive et musclée, les portiers de l’Europe.

On lira aussi avec intérêt Emigration : la honte de Ceuta et Melilla d’Ambroise Ebonda.

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