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Tout le monde se félicite que l’ONU soit reconnue à Djakarta comme maître des opérations d’aide humanitaire en Asie du sud, comme le relate Libération (nous aurions pu citer Le Monde, le Figaro, ... tous les médias titrent aujourd’hui sur cette solidarité internationale sous la houlette des Nations Unies, autorité "neutre et légitime"). Ainsi, devant l’ampleur de la catastrophe (5 millions de personnes touchées), ce sont 4 milliards de dollars (3 milliards d’euros) qui sont promis à travers le monde, dont 977 millions de dollars sur les six prochains mois pour aider les cinq pays les plus touchés dans les domaines de la nourriture, de l’agriculture, de l’hébergement d’urgence, de la santé, ... Le Fonds Monétaire International participerait à hauteur de 730 millions de dollars, les Etats Unis de 260 millions, l’Union Européenne de 450 millions (dont la France 50 millions), ... etc. "Kofi Annan demande de l’argent, pas des promesses" (l’Humanité). "Ce sommet a permis à l’ONU d’affirmer clairement son leadership dans la coordination des secours internationaux, un temps contesté par les Etats-Unis". La planète applaudit.
Au risque de paraître rabat-joie et de porter atteinte à cette bonne conscience collective, nous souhaitons nous faire l’écho de ceux qui apportent quelques bémols à ce bel élan de générosité des pays riches. Ainsi Alain Lormon dans Politis du 6 janvier qui pose les problèmes politiques, économiques et écologiques induits par la catastrophe du tsunami. "A première vue, ce n’est la faute de personne" ..."Mais si les causes sont imprévisibles, les conséquences, elles, varient en fonction de choix économiques et écologiques. Elles mettent dramatiquement en évidence les inégalités Nord-Sud"... "La catastrophe a pris cette ampleur parce qu’elle a frappé des pays fragilisés par la grande pauvreté. Des pays qui, dans bien des cas, ont des infrastructures défaillantes ou inexistantes. Au-delà de l’aide humanitaire, c’est l’aide au développement qui est en cause. C’est ici que réside l’hypocrisie. On ne peut prétendre aider ces pays au lendemain d’une catastrophe quand on leur refuse l’aide dont ils auraient besoin pour accéder à un autre statut économique, social et culturel."
L’auteur plaide pour l’annulation de la dette des pays concernés, tous lourdement endettés, et non pour un simple moratoire sur les prochaines échéances, comme cela est envisagé. "Le service de la dette leur coûte beaucoup plus que l’aide perçue". Et de préciser :
Au classement établi par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), le Sri Lanka pointe au 96e rang (sur 177 pays), l’Indonésie au 111e, l’Inde au 127e, le Bangladesh au 138e, le Kenya au 148e, et la Tanzanie au 162e.
Le total de la dette des six pays d’Asie touchés par le raz-de-marée atteint 320 milliards de dollars. La dette de la Thaïlande représente 36,1 % de son PIB, celle de la Malaisie 47,3 % et celle de l’Indonésie 64,5 %.
Voilà qui relativise sérieusement les couplets sur la "générosité" des États du Nord. Pour notre part, dans le même ordre d’idées, rappelons que la guerre en Irak (qui pour le coup n’est pas la faute de personne) coûte aux seuls Etats-Unis 6 milliards de dollars par mois ; l’aide de Colin Powell à l’Asie du sud fait dès lors figure de goutte d’eau dans un tsunami d’incohérence.
Et puisque c’est de saison, formulons un vœu : que cette catastrophe (à l’ampleur inégalée) soit un sursaut de conscience des pays riches (de leurs habitants comme de leur gouvernants) envers les pays pauvres, qui permette de poser les nouvelles bases de relations nord-sud d’aide au développement. Dès lors nous ne pensons pas déplacé de souhaiter que ce sursaut se traduise dans le Golfe du Bengale, bien sûr, mais également en Afrique subsaharienne où les criquets-pèlerins menacent toujours de famine des millions de personnes, ou bien au Darfour ravagé depuis belle lurette par une guerre atroce dont tout le monde se fout (absence de tourisme de masse oblige).
Pour terminer par une note optimiste, comme le conclut Alain Lormon dans Politis "la générosité existe. C’est celle des particuliers du monde entier [nous ajoutons : ’et de quelques entreprises privées’] qui se mobilisent depuis le 26 décembre auprès des grandes organisations humanitaires."